Portrait et parcours- ADAN, Association des auteurs des hauts de France

Portrait & parcours — ADAN, Association des Auteurs des Hauts-de-France

« Écrire l’ordinaire pour faire naître l’extraordinaire »

Propos recueillis par Ophélie Desnoulez, Référente Communication de l’ADAN

L’ADAN, l’association qui fédère et défend les auteurs des Hauts-de-France, m’a consacré un long portrait retraçant mon parcours : de l’enseignement spécialisé à l’écriture, du goût pour les « émotions ordinaires » à la place que les lieux occupent dans mes romans, jusqu’au projet en cours consacré à ma grand-mère. Je partage ici les grandes lignes de cet échange, mené par Ophélie Desnoulez pour l’association.

Exister ensemble

Ma rencontre avec l’ADAN est née presque par hasard : un mail de l’association, puis, dès le lendemain, une rencontre lors d’un salon. Elle m’a surtout permis de comprendre que je n’étais peut-être pas obligée d’avancer seule dans le monde du livre. Car écrire n’est qu’une partie du métier — vient ensuite tout ce qui concerne la visibilité, la promotion, la défense de son travail, une démarche qui n’est pas toujours naturelle pour quelqu’un qui se sent davantage à l’aise dans l’écriture que dans l’exposition de soi.

L’ADAN m’a ouvert les portes d’une communauté d’auteurs et de défenseurs de la culture, où j’ai trouvé du soutien, une structure et surtout des valeurs communes. Exister ensemble : c’est peut-être finalement ce qui résume le mieux mon parcours — raconter les individus dans ce qu’ils ont de plus intime, tout en rappelant que nos histoires, nos fragilités et nos silences nous relient bien plus qu’ils ne nous séparent.

De l’enseignement spécialisé à l’écriture

Avant d’être auteure, je suis enseignante spécialisée, aux côtés d’élèves en situation de handicap — un métier qui m’a naturellement confrontée à l’humain, aux différences, aux fragilités, mais aussi à tout ce que l’on peut transmettre aux autres. Ces thématiques ont progressivement trouvé leur place dans mon écriture, d’abord à travers de petits albums illustrés consacrés aux troubles et aux différences, avant que l’envie d’écrire autrement ne s’impose : des histoires plus longues, des personnages, des morceaux de vie.

Donner une forme aux émotions, une âme aux lieux

Mon univers littéraire se situe du côté des émotions ordinaires. Pas de personnages extraordinaires ni de destins nécessairement spectaculaires : je préfère les gens que l’on pourrait croiser tous les jours, avec leurs failles, leurs contradictions, leurs silences, et tout ce qui se joue intérieurement lorsque, en apparence, rien ne semble vraiment se passer. Pour rendre visible ce qui ne l’est pas, je m’appuie régulièrement sur une médiation artistique — la peinture dans Ici le bonheur est fait maison, l’ébénisterie dans Un cœur dans ma boîte aux lettres.

Les lieux occupent également une place essentielle dans mon univers : certains endroits m’ont profondément marquée, parfois davantage par ce que j’y ai ressenti que par ce qu’ils sont réellement. Lorsqu’ils apparaissent dans mes romans, ils ne sont jamais de simples décors — ils portent une émotion, une mémoire, et peuvent même finir par devenir, à leur manière, de véritables personnages.

Quand la réalité devient fiction

Mes histoires sont imaginaires, mais leurs racines sont bien réelles : les lieux que je décris sont généralement des endroits que j’ai visités et qui m’ont profondément touchée. Les émotions de mes personnages suivent le même chemin — je ne raconte pas nécessairement ma propre histoire, mais je puise dans ce que je connais intimement pour rendre leurs expériences les plus justes possibles. Un homme, deux ombres fait toutefois exception : pour ce roman, je me suis davantage appuyée sur ce que j’ai pu observer chez certaines personnes accompagnées au cours de ma vie professionnelle, sans jamais raconter leur histoire.

Des personnages qui arrivent sans prévenir

Chez moi, un nouveau projet ne se décide pas vraiment : il s’impose. Tout peut commencer par une émotion, une image, une phrase, un lieu ou un personnage, puis quelque chose s’installe. Je n’écris pas avec un plan entièrement défini — je fonctionne davantage par ressentis et par images. Une idée peut surgir en pleine journée, alors le téléphone devient carnet de notes. C’est une manière de travailler qui comporte une part d’inconfort, mais c’est aussi précisément ce qui me permet de savoir qu’un projet est véritablement né.

Entre fierté, doute et vertige

Au moment de laisser partir un livre, deux émotions se confrontent en moi : la fierté et le stress. Une fois publié, je n’en contrôle plus la réception — ma crainte n’est pas tant que le lecteur n’aime pas l’histoire que de ne pas avoir réussi à transmettre fidèlement ce que j’avais ressenti en l’écrivant. À cette inquiétude s’ajoute parfois le syndrome de l’imposteur. Puis viennent les premiers retours, et avec eux une nouvelle vie pour le livre : les lecteurs y déposent leurs propres souvenirs, leurs émotions, leurs interprétations — et c’est peut-être cela, finalement, le plus beau.

Trois livres, trois façons de découvrir le pouvoir de la littérature

Dans l’entretien, je reviens aussi sur trois lectures qui ont marqué mon parcours à trois périodes différentes de ma vie : Le Lion de Joseph Kessel, découvert au collège, qui m’a fait prendre conscience pour la première fois du pouvoir d’un livre à faire voyager ; Au Bonheur des Dames de Zola, pendant mes études de lettres modernes, qui m’a montré que la littérature pouvait aussi témoigner d’une société et d’une époque ; et Jane Eyre de Charlotte Brontë, qui a achevé de me faire comprendre ce qui influence aujourd’hui profondément ma propre écriture.

« Ne pas écrire l’émotion, mais la faire vivre au lecteur. »

Après chaque fin, une nouvelle histoire commence déjà

Terminer un livre ne signifie jamais vraiment tourner la page. J’ai du mal avec la séparation et le manque : alors qu’un ouvrage est à peine terminé, une autre histoire commence déjà à prendre forme. Parmi mes projets actuels, l’un est particulièrement intime : celui consacré à ma grand-mère, originaire du Cap-Vert, une femme qui a transmis tant de silences qu’ils ont fini par faire trop de bruit dans ma tête. À travers cette histoire familiale, je souhaite interroger la place de la femme, et plus particulièrement celle d’une femme noire immigrée en France dans les années 1950 — au cœur du projet se trouve surtout une question de transmission : quelles traces une vie laisse-t-elle, et qu’est-ce qui passe d’une génération à l’autre lorsque rien n’est raconté ?

Le portrait complet, avec l’ensemble des photos prises lors de la rencontre ADAN à Esquelbecq, est à découvrir sur le blog de l’association.

Lire le portrait complet sur le site de l’ADAN →
Merci à l’ADAN et à Ophélie Desnoulez pour ce moment d’échange et pour ce texte.

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