Rapport IGÉSR 2026

En juillet 2026, l’Inspection générale a publié un rapport qui me tient particulièrement à cœur : « L’accessibilité des apprentissages » (rapport IGÉSR n° 25-26 009B, de B. Robert, A. Hérard, I. Polizzi et A. Prolongeau). En tant que coordonnatrice ULIS, j’y ai retrouvé, noir sur blanc, ce que je vis chaque jour : avant de compenser un élève, il faut d’abord rendre la situation d’apprentissage accessible à tous. J’en ai tiré une synthèse en six diapositives, que je vous partage ici avec ce que j’en retiens pour la classe.

« L’absence de nécessité d’aménagement ne saurait se déduire d’un bon niveau scolaire. »
Rapport IGÉSR n° 25-26 009B, § 1.3.2.6

1. Changer de regard : le handicap naît de la rencontre avec l’environnement

Le rapport s’appuie sur le modèle biopsychosocial de l’OMS : le handicap ne se situe pas « dans » l’élève, il naît de l’interaction entre ses caractéristiques et les obstacles de son environnement. La Convention de l’ONU de 2006 impose la conception universelle et l’aménagement raisonnable ; la loi de 2005 a posé la définition environnementale, sans expliciter la dimension pédagogique de l’accessibilité.

Les comparaisons internationales sont éclairantes : le Portugal inscrit dans la loi des mesures universelles, sélectives et additionnelles sans diagnostic médical préalable, et la Finlande organise un soutien à trois niveaux qui repose sur le co-enseignement.

Diapositive : cadre juridique et conceptuel, recherche et comparaisons internationales.
Le modèle biopsychosocial place l’environnement au cœur de l’accessibilité

2. Un système qui sature

Trois chiffres m’ont marquée. Les demandes d’aménagement au DNB ont augmenté de +216 % entre 2014 et 2025. Seuls 4 % des candidats bénéficiaires utilisent réellement la totalité de leur tiers-temps. Et un sujet de mathématiques du DNB professionnel rendu universellement accessible (lisibilité, consignes) a fait gagner 2 points en moyenne, sans baisse d’exigence.

L’IGÉSR identifie quatre dysfonctionnements : la médicalisation de la difficulté scolaire, l’empilement des dispositifs en silos (PAI, PPRE, PAP, PPS), l’épuisement des professionnels sommés d’individualiser sans repères, et la rupture entre la classe et les examens.

Diapositive : +216 % de demandes au DNB, 4 % d’utilisation réelle du tiers-temps, +2 points au DNB Pro, et les quatre dysfonctionnements.
La médicalisation et l’explosion des demandes révèlent les limites du système

3. Le modèle gradué inversé

C’est le cœur du rapport, et l’idée que je garde en tête en préparant chaque séance. On ne part plus de l’élève et de son plan : on part de la classe.

  • L’accessibilité universelle, pour tous : des consignes explicites, des pictogrammes, des repères dans le temps et l’espace, des documents aérés.
  • L’accessibilité intégrée, pour certains : des supports adaptés, un temps modulé, des fiches méthodologiques (PPRE, PAP).
  • L’accessibilité corrective, pour un élève, quand l’adaptation de l’environnement ne suffit pas : aide humaine, matériel adapté, aménagements d’examen (PPS).
Diapositive : les trois niveaux, accessibilité universelle, intégrée et corrective.
Priorité à la pédagogie universelle, la compensation vient ensuite

4. Quinze recommandations, quatre axes

Le rapport propose de clarifier le cadre (inscrire dans la loi le système à trois niveaux, faire du GEVA-Sco un véritable outil d’analyse des besoins), de faire de l’accessibilité un principe pédagogique (repères par discipline, temps de co-enseignement en ULIS et en SEGPA, Pôles d’appui à la scolarité), de rendre les examens accessibles et d’évaluer la politique d’inclusion sur la réussite des élèves plutôt que sur le nombre d’AESH ou de plans.

Tableau des quinze recommandations réparties en quatre axes.
Les quinze recommandations de l’IGÉSR

5. Ce que ça change, concrètement

C’est la partie qui parle le plus à l’enseignante que je suis. Une question résume tout : remplacer « Qu’a l’élève ? » par « Quels obstacles la situation d’apprentissage crée-t-elle ? »

En classeExpliciter les consignes, aérer les documents, autoriser les schémas pour tous ; une seule question par consigne, des verbes d’action clairs ; des fiches méthode autorisées jusqu’à l’examen.
En équipeLe coordonnateur ULIS comme personne ressource en co-intervention ; des ESS centrées sur les conditions réelles d’apprentissage ; des formations fondées sur des situations de classe.
Diapositive : application en classe et évaluations, travail d’équipe et formation continue.
La posture enseignante et la conception des évaluations

6. Un levier d’équité pour tous

Passer d’une culture du guichet compensatoire à une pédagogie nativement universelle, c’est aider toute la classe sans baisser l’exigence, et c’est aussi alléger la charge des PAP, des PPS et des demandes d’AESH. Pour aller plus loin, le rapport renvoie à la circulaire sur les Pôles d’appui à la scolarité (2025), au rapport IGÉSR-IGAS sur les AESH (2026), à S. Ebersold (2021) et au dossier du Cnesco (2016).

Diapositive : synthèse des enjeux stratégiques et références bibliographiques.
L’accessibilité pédagogique, levier d’équité

Et maintenant, dans nos classes ?

Dans mon dispositif, ce rapport conforte une façon de faire : penser la séance pour tous dès le départ, observer ce qui fait obstacle, puis seulement adapter. Pour vous y aider, voici mes outils :

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Ma fiche de lecture et la version longue

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  • Mon appli gratuite pour préparer une séance accessible à tous dès le départ, avec la check-list de la conception universelle : boussole-seance.netlify.app

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Source : IGÉSR, L’accessibilité des apprentissages, rapport n° 25-26 009B, juillet 2026, B. Robert, A. Hérard, I. Polizzi, A. Prolongeau. Synthèse et diapositives : Claire Capannelli.


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